Entrevue: François Miville-Deschênes

Publié le par Eric Lamiot

Après plusieurs années consacrées à la série « Millénaire », François Miville-Deschênes nous reviens aujourd’hui avec « Reconquête », une collaboration avec Sylvain Runberg sortie récemment chez Lombard. Bien qu’en plein dans la réalisation du tome 2, François Miville-Deschênes a bien voulu poser le crayon pour répondre à nos questions.

 

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La saga Millénaire est maintenant finie. Qu’est-ce que tu as éprouvé quand tu as enfin vu le dernier tome dans le commerce ?

- Hum… honnêtement, je ne regarde pas beaucoup mes albums lorsqu’ils paraissent. D’abord parce que me sautent aux yeux les défauts, erreurs et autres détails déplaisants, puis aussi parce qu’il y a souvent un côté technique de l’objet lui-même qui est moins réussi ou ne me donne pas entière satisfaction (couleurs trop sombres, défauts d’impression ou autres calamités du genre). De plus, lorsque sort un tome, je suis déjà plongé dans le suivant, alors c’est en quelque sorte de l’histoire ancienne.

 

Qu’est-ce que tu as tiré de cette expérience en général ?

- La satisfaction de perfectionner ma technique de narration visuelle, de même que mon dessin (en l’adaptant progressivement davantage à la BD et en l’éloignant de l’illustration). J’en ai tiré aussi un apprentissage précieux sur les rouages obscurs de ce monde pas toujours merveilleux de la bande dessinée; toutes choses utiles pour mener ma barque sur cette mer houleuse, aujourd’hui et dans le futur.

 

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Tu reviens avec une nouvelle série dans un univers totalement différent. Comment t’es-tu approprié ce nouvel univers ?

- Assez aisément : tous les ingrédients étaient présents pour me faciliter la tâche. On y trouve de grands espaces sauvages, des chevaux et beaucoup d’animaux variés, de l’anatomie en veux-tu en voilà, sans compter les personnages féminins que j’ai toujours du plaisir à dessiner… Du côté documentaire, ma bibliothèque était déjà bien garnie, mais je l’ai enrichie depuis; internet a pu m’aider, mais dans une moindre mesure.

 

 

C’est aussi un autre scénariste et un nouvel éditeur. D’où vient cette collaboration ?

- Lorsque mon précédent éditeur a, du jour au lendemain, cessé de payer ses auteurs, j’ai écrit rapidement à sylvain Runberg, qui m’avait déjà contacté dans le passé pour me proposer de collaborer, sans que cela ait été possible. Je lui ai annoncé que le moment était venu et que s’il avait une petite idée de scénario en tête, j’étais tout disposé à plonger. Un court paragraphe résumant le projet fut envoyé à Dupuis et au Lombard. Ce fut ce dernier qui fut le plus rapide et nous eûmes un tapis rouge déroulé le lundi matin alors que la proposition avait été envoyée le vendredi. Nous avons alors entamé un frénétique et fécond ping-pong épistolaire, jusqu’à élaborer les grandes lignes de notre histoire. C’est ainsi que nous fonctionnons depuis et cela me satisfait pleinement, car je m’immisce ainsi dans le scénario sans pour autant devoir y consacrer toute mon attention, ceci pour en venir un jour à réaliser tout le travail moi-même de A à Z (quand ma progéniture qui aura grandi un peu me le permettra).

 

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Au niveau technique, tu es passé à la « couleur directe ». Est-ce un défi de plus dans la réalisation ?

- Pas réellement un défi, je parlerais plutôt d’une grande satisfaction. J’obtiens bien davantage ce que je souhaite et ce qui est offert aux yeux des lecteurs est infiniment plus personnel qu’une mise en couleur informatique faite par un coloriste à distance.

Bien sûr, l’imprimerie ne peut restituer la palette originale avec une fidélité absolue, mais le résultat n’est tout de même pas si éloigné ; je peux me dire très satisfait de ce que Le Lombard à fait : mises côte à côte, les planches originales et les pages de l’album ne sont pas si différentes.

 

 

Ce changement me semble accompagné d’un encrage plus léger que celui utilisé pour Millénaire. Est-ce lié à la technique ou au style désiré pour l’album ?

- La « légèreté » de l’encrage provient sans doute du fait que c’est la couleur qui transmet certaines informations visuelles (ombres, zones lumineuses), alors que précédemment elles étaient traduites en hachures d’importance variable. J’ai tout de même délibérément conservé un encrage présent, car j’aurais craint de faire de l’illustration case après case si la couleur avait pris plus d’importance. Je conserve donc un encrage bien perceptible, que je souhaite souple et dynamique, qui me lie encore aux bandes dessinées de mon enfance dont j’ai tant appris.

 

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La série semble être prévue en 4 tomes si j’ai bien compris, peux tu nous parler un peu de ce qui s’en vient ?

- Ah, je ne peux pas dévoiler grand chose. Si ce n’est que notre but avoué, à Sylvain et moi, est que les personnages évoluent et surtout, qu’ils ne soient ni trop noirs ni trop blanc. Comme dans la vie réelle, les circonstances et les événements influenceront leurs actes et leurs décisions. Et évidemment, il y aura du bruit et de la fureur !…

 

On connaît l’évolution des technologies depuis quelques années, notamment dans le domaine des technologies logicielles et des outils de communication, comment cette évolution affecte ton travail ?

- Elle ne l’affecte que très peu : je travaille à l’ancienne, sur du papier avec de vrais médiums. Mes planches étant plutôt grandes, elles sont expédiées par la poste lorsque j’en ai quelques unes d’accumulées. Les techniques de communications modernes sont surtout pratiques lorsqu’il s’agit d’échanger avec mon acolyte (par courriel), autrement elles m’influencent peu, à ma table à dessin, au fond de mon atelier.

 

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Sur ton blogue, tu as dévoilé quelques mots de ce qui pourrait être ton projet « post-reconquête ». Peux-tu nous en parler un peu, d’autant que tu en serais aussi scénariste ?

- Tout ce que je peux en dire, c’est que l’histoire se déroulerait dans un Québec post-cataclysmique. On y suivrait des enfants évoluant dans un monde où la planète serait aux mains d’extra-terrestres. C’est un peu court, j’en conviens, mais tout est en gestation et rien n’a encore pris de forme définitive. J’ai encore le temps d’y réfléchir…

 

 

Merci de nous accorder un peu de ton temps.

- Au plaisir ; revenez quand vous voudrez !

 

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