Entrevue: Jacques Lamontagne

Publié le par Eric Lamiot

Sorties depuis peu, le tome 2 de Aspic et le tome 3 de Yuna sont respectivement signés au dessin et au scénario par Jacques Lamontagne. Il a gentiment accepté de se prêter au jeu de l’entrevue avant de partir en voyage pour une tournée en France.

 

Yuna, dont le troisième et dernier tome vient de sortir et que vous scénarisez, est une collaboration internationale avec un dessinateur de Shanghai. Qu’est-ce que vous tirez de cette expérience ?

Ce fut une très belle expérience car elle m'a permis d'occuper pour une première fois le siège du scénariste. J'avais déjà écrit des histoires courtes, mais cette fois-ci, Yuna me permettait de me lancer dans un récit long s'étalant sur trois albums. De plus, le scénario était mis en images par un dessinateur autre que moi. Alors que j'avais toujours été habitué de réaliser moi-même le dessin, je pouvais maintenant me laisser surprendre par la vision d'un autre artiste. De travailler avec le talentueux Ma Yi a été très enrichissant d’un point de vue personnel. Cela m'a permis de connaître un peu mieux la culture chinoise.

 

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Le tome deux d’Aspic, dont vous êtes dessinateur, vient aussi de sortir. C’était un diptyque au départ, est-ce que ça va être plus ?

Pour l'instant, je dois me concentrer sur le tome 6 de la série Les Druides. Ce ne sera que dans quelques mois que Thierry et moi prendrons la décision si nous poursuivons les aventures de Flora et Hugo au delà de ce premier diptyque. Ce n'est pas l'envie qui manque, nous avons déjà tout plein d'idées pour de futures enquêtes. Mais nous devrons nous avant tout prendre connaissance de l'accueil que les lecteurs auront réservé à cette première enquête.

 

Si j’en juge par ce que Vous et Thierry Gloris livrez sur vos pages Facebook, vous avez bien du plaisir à travailler ensemble, comment se passe cette collaboration, est-ce que vous vous renvoyez la balle ?

En fait, je n'interviens que très peu dans le scénario, me contentant de faire part à Thierry de mes envies de dessiner tel ou tel décor. Visuellement, je suggère pas mal de choses, ou m'amuse à insérer des clins d'œil vers des œuvres qui m'ont marqué. Je n'aime pas mettre mon nez dans le processus d'écriture d'un scénariste, préférant respecter sa vision du récit. Ce qui ne m'empêche pas de signaler parfois des trucs qui me semblent incohérents, ou encore, suggérer de légers changements à une scène si je sens que la modification l'amènerait encore plus loin.

 

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Vous êtes en train de dessiner le dernier tome de Druides. Est-ce un soulagement d’en voir la fin ?

Comme on a l'habitude de dire "toute bonne chose a une fin"! Je pense qu'avec ce tome 6, les lecteurs auront eu un récit suffisamment dense et complet. Si nous étions allés au delà de 6 albums afin de boucler le cycle, j'aurais eu l'impression d'une histoire à rallonge. Il est certain que je ne me lancerai plus dans une histoire aussi longue. Je préfère des séries qui connaissent leur dénouement au bout de 2 ou 3 albums.

Vaut mieux faire 2 ou 3 cycles de 3 albums chacun que de réaliser une histoire qui s'étale sur 5 albums ou plus. Ça demande beaucoup de souffle et de concentration.

 

En termes dessin, Aspic est très différent des Druides. Est-ce difficile de passer d’un style à un autre ?

Après m'être concentré sur Aspic durant plusieurs mois, le retour sur les Druides ne s'est pas fait aussi facilement que je l'aurais souhaité. Graphiquement, c'est différent, mais ce n'est pas là où réside la difficulté. La difficulté vient de la façon de découper les pages sur chacun des deux projets. Pour Aspic, on est beaucoup plus sur du franco belge classique, presque du gaufrier. Tandis qu'avec les Druides, on éclate les pages, on est sur du cinéma à grand déploiement. Jean-Luc Istin a une vison très précise de ses BD à laquelle on ne peut pas, ou peu, déroger.

 

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Pouvez-vous déjà faire un bilan de ce que cette série vous aura amené ?

Les Druides m'aura permis de vraiment prendre le statut d'auteur BD. Au Québec, le pari d'en devenir un tient presque de l'impossible si on désire vivre de cet art. De plus, cette série a connu un joli succès avec des ventes ma foi fort respectables. Il est rare aujourd'hui qu'un auteur parvienne dès sa première série à des performances aussi intéressantes. C'est pourquoi je serai toujours reconnaissant envers Jean-Luc Istin d'avoir été le premier à m'ouvrir les portes de la BD européenne. Jean-Luc à monté de toute pièce la collection Celtic, et le succès de la série les Druides est en grand partie redevable aux efforts de ce dernier à construire cette collection.

 

Vous scénarisez également un projet avec Raphael Kan-J. Pouvez-vous nous parler à la fois du projet et de cette collaboration ?

Le projet a débuté il y a tout près de 2 ans. Jean-Luc Istin m'a proposé de travaillé avec Kan-J dont j'avais déjà vu le travail sur internet. Raphaël et moi nous sommes finalement rencontrés au FBDFQ (Festival de la Bande Dessinée Francophone de Québec, cette année du 13 au 17 avril, www.fbdfq.com) et avons discuté plus en détails de cette série en construction qui à l'époque se nommait Djenko ( Haven est le titre définitif ). L'important pour moi était de bien saisir les attentes de Kan-J sur cette nouvelle série et de lui monter une histoire faite sur mesure pour lui. J'ai bien regardé son travail réalisé sur sa première série Blackwood. À partir de cette étude, j'ai tenté de bâtir un univers qui mettrait en avant les grandes qualités de "designer" de Kan-J et de son plaisir a dessiner des créatures sombres et inquiétantes. L'histoire est toutefois accompagnée de cette pointe d'humour dont je ne puis me départir. Pour les gens intéressés, vous pouvez en découvrir plus sur l'histoire en visitant mon blog.

http://lamontagne.over-blog.net/article-avant-c-etait-djenko-maintenant-c-est-haven-66783318.html

 

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Un projet dont vous parlez moins est celui de Van-Helsing, dont vous êtes aussi scénariste. Pouvez-vous nous dire d’où vient ce projet et comment se passe cette collaboration ?

Toujours initié par Jean-Luc, cette série à venir est réalisée en collaboration avec Sinisa Radovic, un dessinateur Serbe. Ce projet s'inscrira dans la collection 1800 et portera le titre: Van Helsing contre Jack l'Éventreur. Il s'agit d'une fiction mettant en scène un Van Helsing épuisé, que l'on retrouve 2 ans plus tard, après les évènements de Transylvanie et qui est maintenant installé à Londres. Il sera amené à prêter main forte à son ami Frederick Abberline, inspecteur à la division H, qui mène enquête sur une série de crimes sordides perpétrés dans l'East End londonien.

 

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Vous travaillez comme scénariste pour différents dessinateurs. Devez-vous adapter votremanière de faire pour chacun ?

Certains dessinateurs demandent un peu plus de direction artistique, plus de précisions sur nos attentes, d'autres travaillent très bien seuls et ont la faculté de saisir immédiatement la pensée du scénariste. Il faut simplement s'adapter à chacun d'eux.

 

Yuna, Van-Helsing, Druides, Haven, Aspic, comment arrivez vous à gérer tout ça en même temps ?

Je dois avouer qu'avec la conclusion de la série Yuna, j'ai poussé un grand "OUF!". La charge de travail est tout de même imposante car il ne faut pas oublier que le boulot du scénariste ne réside pas uniquement à écrire les scénarios, il y a ensuite tout un travail d'échange avec le dessinateur afin, parfois, de réajuster le tir. Tous ces projets demandent du temps, et malheureusement, les semaines extensibles n'existent pas. Je dois donc déborder sur les week ends et les soirs afin de récupérer ce temps précieux. Mais comme je le disais, avec Yuna terminé, cela me permets de souffler un peu plus.

 

Pour le moment, vous êtes soit scénariste, soit dessinateur. Pouvez-vous comparer un peu ces deux aspects de votre travail d’auteur ?

L'un et l'autre procurent une satisfaction différente mais tout aussi agréable. L'état d'esprit lorsque j'aborde une planche au dessin n'est pas le même que lorsque je dois me mettre à l'écriture. Je dirais que les deux se rejoignent au moment où je réalise le crayonné des storyboards. Ça exige une grande concentration, concentration que je retrouve quand je passe en mode écriture. Le silence complet doit régner dans mon atelier.

 

N’êtes- vous pas tenté de faire votre propre série à la fois comme dessinateur et scénariste ?

J'ai 2 ou 3 projets qui me trottent dans la tête. J'y arriverai un jour. :)

 

 

 

Vous partez pour une tournée en France bientôt. Pouves-vous nous parler un peu de ce circuit et des rencontres qui sont prévues ?

Je me rends d'abord à Paris afin de participer au vernissage de l'exposition Aspic à la Gallery Paris, le 26 mars prochain. Ensuite, ce sera une tournée en France qui s'étalera sur 10 jours. Je visiterai, en compagnie de Thierry Gloris, les villes de Paris, Caen, Nice, Villefranche sur Saône et Bordeaux. Le plus simple est de visiter mon blog afin de connaître en détail les dates et heures de ces séances de dédicace.

 

http://lamontagne.over-blog.net/article-tournee-aspic-en-france-68674679.html

 

Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé, et bon voyage.

 

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