Entrevue Jérôme d'Aviau

Publié le par Eric Lamiot

Jérome d’Aviau a été en résidence d’auteur à Québec récemment. Nous avons profité de son séjour pour lui poser quelques questions sur sa résidence, ainsi que sur son travail. C’est le long d’un trajet entre Québec et Montréal qu’il a bien voulu nous accorder un moment pour répondre à nos questions

 

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Tu es en résidence d’auteur à Québec, mais ce n’est pas ton premier séjour. Peux-tu nous raconter l’histoire en arrière?

La résidence d'échange entre Bordeaux et Québec existe depuis maintenant 5 ans, et j'ai postulé 2 fois sans succès avant d'être l'élu ! Je suis donc venu l'année dernière par mes propres moyens, parce que j'avais vraiment envie de venir, et puis ça faisait longtemps que je n'avait pas fait un long voyage loin de chez moi seul.

Pascal Girard que j'avais eu le plaisir de recevoir à bordeaux pendant un mois dans mon atelier m'a reçu pendant 2 semaines, que j'ai mises à profit pour rencontrer des dizaines d'artistes locaux qui m'ont donné très envie de revenir.

 

Quels ont été tes projets pendant cette résidence?

J'aurais dû au départ travailler sur un scénario de Tébo pour un nouveau projet de polar adulte. Il se trouve qu'il a été pris plus longtemps que prévu sur ses propres prod. de dessin animé, et on a du repousser le début du projet en juillet. Ça tombait finalement pas si mal, j'ai donc pu écrire et dessiner la fin du prochain album des aventures de Ange le terrible, et trouver de quoi en faire un tome 5, et même un nouveau projet secret avec une amie dessinatrice, pour qui je ferais le scénariste !

 

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Tu as eu l’occasion de rencontrer des auteurs du Québec et de participer au festival de la BD francophone de Québec. Qu’est-ce que tu tire de ces rencontres?

Un nouveau gang de copains ! et quelques belles soirées. Que demander de plus ?

 

Est-ce qu’on peut un jour penser à une collaboration entre toi et des auteurs du Québec?

C'est pas impossible, mais rien n'est fait, donc je n'en dit pas plus. Mais ça me ferait extrêmement plaisir.

 

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Maintenant, tu dois mieux connaitre la BD du Québec, Qu’en penses-tu?

Je reste un lecteur assidu de toute la production issue de la vague autobiographique nord américaine, Québec inclus. J'ai de plus en plus envie d'arrêter les "gros" éditeurs français pour me lancer dans l'autoproduction ici ! Allez, dès que je suis assez riche, je le fais.

 

Non seulement tu publie sous ton nom (Inès, Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret), mais tu te caches aussi sous plusieurs pseudonymes (Poipoi pour Ange le terrible, Poipoipanda pour un one shot appelé « Le grand saut », et selon le site Bédéthèque, Jeroda pour une incursion dans le fantastique avec « Soulhunters »). Est-ce une volonté de séparer des aspects différents de ton travail?

C'est surtout pour rigoler, en fait. Il n'y a aucune volonté de différencier différents aspects, un message caché ou une signification cosmique, j'aime faire des farces. Et les quelques fois où j'ai reçu deux mails distincts sous mes deux noms pour m'inviter au même festival, j'ai bien ri. Mais ceci dit, ce que tu appelles mon "vrai nom" n'est pas exactement mon vrai nom non plus...

 

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Quand on regarde ce que tu fais, les styles graphiques sont très différents d’un travail à l’autre. Comment choisis tu le style graphique pour chacun de tes ouvrages?

Il y a plusieurs critères. Le ton de l'histoire, que je ne veux en aucun cas trahir, la narration, que je veux la plus naturelle possible, et puis aussi l'outil avec lequel j'ai envie de travailler au moment où je commence. Mais je n'ai pas de recette, c'est au feeling.

 

Pour Inès, tu t’es plongé dans un univers dur et froid (la violence conjugale). Est-ce que ça a été difficile à réaliser?

Oui, beaucoup plus que ce que je pensais au départ. J'ai dû m'arrêter plusieurs mois à la moitié des pages, parce que je sentais que ça devenait de plus en plus dur. Et quand je n'ai plus pu repousser, j'ai abattu la deuxième moitié en 3 semaines, en travaillant 6-8h par jour (mon rythme moyen est de 3h), avec beaucoup de musique très forte au casque. Une fois le livre terminé, je n'ai rien pu dessiner pendant trois mois, et j'ai mis un an à retrouver le plaisir de dessiner. Je ne ferais pas d'autre bouquin comme celui-ci avant longtemps, je crois.

 

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Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret est un ouvrage difficilement classable, entre la fable pour enfant, le conte philosophique… Comment est-ce que toi, tu le perçois?

Un livre avec des images, une belle histoire… Je suis pas fort en étiquettes, voire même ça ne me parle pas ! Je suis même content de ne pas être facilement classable, je crois que les œuvres qui me tiennent le plus à cœur, que ce soit de la musique, des films ou des livres sont généralement des inclassables.

 

J’ai l’impression qu’Ange le terrible est comme le coté sombre d’Alphonse Tabouret (ou l’inverse, Alphonse Tabouret serait le coté « naïf » d’Ange). Qu’est-ce que tu en penses?

Pour moi ce sont deux manières différentes d'aborder les mêmes sujets. Dans Ange, tout ce qui sous tend mes histoires sont les rapports humains, comment on les vit, on les perçoit, les préjugés… Mais comme c'est sous un vernis d'aventures rigolotes, ça parait moins. Mais c'est la base de tous mes projets.

Alphonse de son côté est certes un personnage naïf, mais l'histoire ne l'est en rien, et c'est ça qui fait tout l'intérêt du livre à mon avis.

 

Quelque soit l’ouvrage que l’on regarde, l’utilisation de la balance du noir et blanc semble être la caractéristique commune dans tes travaux. Est-ce important pour toi d’utiliser cette balance pour souligner les cotés légers ou dramatiques des histoires?

Je suis surtout pas mal daltonien, et je compense mon déficit de couleur par une sensibilité particulière aux contrastes et lumières. Je me sers donc de ce que je connais, tout simplement !

Je ne sais pas si ça a joué, mais j'ai toujours préféré les dessins en noir et blanc, et les récits en couleurs me semblent toujours moins vraisemblables que ceux en noir et blanc.

 

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Pour terminer, Peux-tu nous parler un peu de ce qui s’en vient pour Jérome d’ Aviau et ses incarnations dans les prochains mois?

Le tome 4 de Ange sort début juin, j'espère finir le tome 5 avant l'été, avancer ce projet en tant que scénariste, profiter de l'été pour travailler sur un nouveau projet avec Sibylline, attaquer ce polar avec Tébo à la rentrée, et puis, et puis…

Et puis faire le maximum de concerts avec mes 2 groupes, composer en solo, faire des vidéos, me lancer sérieusement dans l'animation, et puis, et puis…

Et puis voyager encore et rencontrer des tas de gens encore.

 

Merci beaucoup pour le temps que tu nous accordes.

Merci de l'intérêt que tu portes à mon travail !

 

 

Pour en savoir plus:

http://jeromedaviau.com/WordPress/

http://www.myspace.com/poipoipanda

 

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