Entrevue: Louis Remillard

Publié le par Eric Lamiot

Louis Remillard, l’un des pionniers de la BD au Québec, nous reviens cette année avec un album intitulé Down to the Petawawa. Publié chez Premières Lignes, cet album est un « River movie » poétique qui nous emmène au fil de l’eau dans les paysages grandioses de la nature canadienne. Louis Remillard s’est prêté au jeux de l’entrevue pour nous en dire un peu plus sur son travail.

 

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Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de cet l’album « Down on the Petawawa »?

J’ai l’habitude de trimbaler mon carnet à dessin presque partout où je vais, surtout en voyage.  Je n’ai pas changé ma façon d’agir lorsque j’ai effectué cette expédition de canot-camping.  Lors du parcours, à force de dessiner des scènes du voyage, j’ai décidé d’en faire un « road story ».  La majorité du travail s’est fait après l’expédition qui n’a duré qu’une semaine, tandis que la réalisation de l’album s’est échelonnée sur 2 ans.

 

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C’est un deuxième album de « promenade », est-ce un sujet qui vous inspire, ou le moyen de raconter quelque chose?

Les deux.  J’ai toujours aimé voyager et c’est peut-être une conséquence de tous les voyages que j’ai dans le corps que petit à petit cette thématique s’est installée dans le processus de ma création.  C’est une approche que je trouve intéressante pour exprimer la découverte inhérente au voyage tout en y plaçant des messages bien sentis.

 

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Cet album est plus un « accord avec la nature » que Voyage en zone d’exploitation, est-ce pour faire contrepoint avec le ton plus « sombre » de l’album précédent ?

Les deux albums sont des «one shot» et n’ont pas étés conçu en relation l’un avec l’autre.  Néanmoins, ils ont des rapports entres eux : récit de voyage, omniprésences de la nature, références à l’histoire de l’art.  Sous cet aspect, il y a une continuité avec une approche différente.  Peut-être que le contrepoint s’est fait de manière inconsciente mais la motivation du départ était de faire un carnet de voyage sur cette expédition.

 

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Voyage en zone d’exploitation présentait l’exploitation industrielle du territoire. Est-ce que c’est un constat d’échec et peut on envisager l’exploitation des ressources naturelles différemment?

Voyage en zone d’exploitation est un témoignage des tours et retours que j’ai effectué en forêt boréale depuis de nombreuses années et un constat de la réalité telle qu’elle se présente.  À chacun de voir si c’est un échec ou non.  L’accueil qu’a eu l’album donne une réponse sans équivoque à cette question.  L’état de l’environnement est actuellement très préoccupant et la conscience collective qui prend forme lentement est qu’il faut exploiter les ressources naturelles de façon plus responsable.  Malheureusement, des années de saccage pour obtenir un profit immédiat est une mentalité qui ne se change pas du jour au lendemain et la réparation de l’environnement non plus.

 

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Peut-on penser que Voyage en zone d’exploitation est une bande dessinée « engagée »?

Engagée est un bien grand mot, je le qualifierai plutôt de conscientisé

 

Le graphisme de Voyage en Zone d’Exploitation était extrêmement diversifié, comment avez-vous fait ce choix, et comment sélectionnez-vous le graphisme de chaque case?

Ce choix reposait sur les caractéristiques inhérentes à création de l’ouvrage qui imposait certaines contraintes, tout en mettant de l’avant la recherche et la création.  Pour ce faire, j’ai dû privilégier la variété tant au niveau de la composition que du traitement graphique de chaque case pour éviter la monotonie de représenter une voiture circulant dans le bois successivement à travers 480 vignettes d’affilés.  La sélection du graphisme de chaque case a été fait selon l’inspiration du moment

 

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Vous vous êtes imposés beaucoup de contraintes pour Voyage en zone d’exploitation, comment avez-vous décidé de cette approche et quelles ont été les difficultés à la gérer?

Plusieurs objectifs ont orientés la réalisation de cet album; d’une part faire un portrait de l’utilisation de notre territoire collectif, et d’autre part la création d’une BD expérimentale.  Dans cet ordre d’idée, J’ai utilisé une méthode de travail particulière : comme c’était une histoire sans histoire, je dessinais les vignettes au gré de l’inspiration et je les assemblais dans la page selon les compositions, plans, textures, masses de blanc et noir ainsi que leur contenu narratif.  Je faisais le montage de la page dans son ensemble, un peu comme une peinture.  Cet exercice a été parfois difficile.

 

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Le graphisme de Down on the Petawawa est plus unis que celui de Voyage en zone d’exploitation, Est-ce une volonté de rendre cet album plus fluide que le précédent?

En explorant plusieurs variétés d’esthétique dans Voyage en zone d’exploitation, j’ai touché à toutes sortes de façon de dessiner.  Pour faire Down on the Petawawa, J’ai privilégié celle qui me satisfait le plus tant au niveau de l’exécution que du rendu final.

 

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Vous avez incorporé des clins d’œil à des artistes peintres dans ces deux albums. Pourquoi ce choix et quelle inspiration tirez vous des autres arts pour développer votre activité?

La BD est une part importante dans ma démarche artistique, mais j’ai œuvré pendant plusieurs années en estampe et en peinture.  De plus, je travaille régulièrement aux montages des expositions dans un musée, ce qui me donne une certaine familiarité avec l’art.  J’ai amorcé l’intégration des références à l’histoire de l’art dans Voyage en zone d’exploitation afin d’y ajouter un élément pour éviter la monotonie dû aux contraintes auto-imposées.  J’ai trouvé le jeu intéressant au point de récidiver pour Down on the Petawawa.

 

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Vous semblez aimer dessiner la nature, mais vous dessinez aussi la ville si j’en juge par vos derniers dessins publiés sur votre blogue « estampes et peintures » (http://lremillard.blogspot.com/ ). Peut-on s’attendre un jour à une histoire de voyage urbain?

Tous les sujets sont bons à dessiner et c’est dans ce qui m’entoure que je puise mon inspiration.  Étant un urbain qui aime être dans le bois, je dessine les deux facettes de cette réalité.  Les paysages urbains m’inspirent depuis longtemps mais je n’ai pas de projets narratifs sur ce sujet dans mes cartons pour le moment.

 

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Ça fait maintenant 40 ans que vous faites de la bande dessinée au Québec. Comment percevez-vous l’évolution de la bande dessinée en général et de celle au Québec en particulier?

La BD est en constante évolution, tant au niveau pictural que narratif.  À mon humble avis, c’est l’art le plus dynamique actuellement.  Étant un vétéran presque à l’état de fossile de la BD Québécoise, j’ai pu être témoin de l’évolution fulgurante de ce médium au Québec.  Il faut dire qu’on est parti de loin; lorsque j’ai débuté, il n’existait pratiquement rien, tant au niveau de la création que de l’édition.  Tout était à faire et les gens de ma génération se sont mis à la tâche et je crois que cela a porté fruit, car aujourd’hui la BD Québécoise est en pleine expansion.

 

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Pouvez-vous nous parler un peu de vos projets ?

Je cogite et travaille depuis un certain temps à un projet de fiction historique intitulé le retour de l’Iroquois.  Ce récit sera un roman graphique basé sur des faits historiques qui se sont déroulés au Québec et dans l’état de New York à l’époque de la Nouvelle France.  Approche nouvelle dans ma démarche artistique mais en continuité avec mes deux précédents ouvrages, car il relate le voyage d’un Iroquois prisonnier des Français et libéré par ceux-ci afin de proposer une paix avec son peuple.  Donc, un autre « road story » dans lequel le voyage compte plus que la destination et fera vivre au lecteur le quotidien du personnage, mais aussi ses pensées et souvenirs qu’il ne manquera pas d’avoir tout au long de son périple solitaire au sein de l’Amérique du nord du XVIIe siècle.

Par ailleurs, suite à mes expériences muséales, j’ai réalisé quelques planches sur le sujet et à temps perdus et j’en produits de nouvelles à l’occasion.  Un jour, peut-être, j’en ferai une compilation qui aboutira à un album intitulé Annales Muséales.  Ce projet est délicat et n’est pas prioritaire en ce moment préférant porter mon attention sur l’Iroquois.

Des extraits de ces deux projets peuvent être consultés sur mon blog : http://louisremillard.blogspot.com/

 

Merci beaucoup pour cette entrevue.

 

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