Les entrevues Bedeka: Iris, Auteur

Publié le par Eric Lamiot

Publiée le 29-08-2006

 

 

 

 

Iris va bientôt sortir chez Mécanique Générale un album appelé « Dans mes rellignes ». En prélude à cette sortie, Bedeka.org lui a demandé de nous parler de son travail, de la place des femmes dans la bande dessinée, et de ses projets.

 

 

Tu va bientot sortir « Dans mes rellignes » chez Mécanique Générale. Pourrais tu nous en parler ?

 

Oui, en fait c’est très simple, ce sont les carnets de mon blog qui vont être publiés. C'est-à-dire les carnets du 1er juin 2005 au 31 août 2005.

 

 

Tu fais beaucoup de pages de chroniques (Voir http://www.20six.fr/monsieurleblog2), pourquoi choisir cette voie d’expression ?

 

C’est de la faute à Pascal Girard !! Hahaha ! L’été dernier, il a ouvert un blog et a commencé à y publier des pages sur son adolescence (« Hivers »). Ça m’a vraiment fait tripper et j’ai eu le goût, moi aussi, de raconter mon adolescence. Je venais de terminer ma session d’université et je cherchais un projet de création qui pourrait me tenir tout l’été. J’en ai jasé un peu avec Pascal et il m’a suggéré de dessiner dans un carnet tous les jours. Alors je me suis dit « Ouais ! Je vais faire une planche par jour et raconter mon enfance, mon adolescence, etc. » Ouf….Je savais pas dans quoi je m’embarquais !! Ça a été vraiment pénible des fois, et vraiment le fun d’autres fois, mais en même temps, je n’ai jamais progressé aussi vite. Quand je suis retourné à l’université pour ma session d’automne, je sentais vraiment que j’avais perfectionné mon style et ma façon de raconter.

 

 

Qu’est-ce que tu as trouvé pénible, le fait de replonger dans ton passé, de le raconter, ou juste de la mettre en images ?

 

Non, replonger dans mon passé et le raconter était très amusant ! Ce n’est pas comme si je parlais de souvenirs difficiles ou quoique ce soit…C’est plutôt des trucs joyeux. C’était le fait de faire une planche par jour qui était pas évident ! Je passais facilement 4 ou 5 heures et des fois plus sur chaque planche, donc ça me bouffait beaucoup de temps.

 

 

Pourrais tu nous raconter comment tu es arrivée à la bande dessinée ?

 

Heu….ce n’est pas vraiment intéressant ! Et bien, quand j’étais petite, je voulais faire de la bande dessinée (mais j’ai aussi voulu être vétérinaire, réparatrice de lampadaire, conductrice de moto…). En quatrième année j’avais même fait un exposé oral sur le métier que je voulais faire : auteure de bande dessinée. J’en faisais un peu, je dessinais beaucoup, mais rien d’exceptionnel. Au secondaire j’en faisais un peu aussi, mais plutôt pour faire rire mes amis et pour passer le temps dans les cours. (Encore une fois, rien de très sérieux). J’ai fait un DEC en arts au Cegep et je comptais aller étudier en dessin animé, mais le cours le plus proche se donnait au collège Algonquin, en anglais…donc, bof…..ça me tentait plus ou moins. J’ai finalement choisi d’aller au BAC en bande dessinée de l’Université du Québec en Outaouais. Je n’ai jamais regretté mon choix. C’est sûr qu’il y a peut-être un petit peu plus d’ouvertures (côté emploi) en dessin animé, mais quand j’y repense, je crois que j’aurais détesté ça !

 

 

Pourrais tu nous parler un peu de cette formation, du point de vue étudiant ?

 

J’ai eu énormément de plaisir à faire cette formation. J’ai beaucoup, beaucoup évolué pendant ces trois années. C’est un programme intéressant parce qu’on touche à tous les aspects de la bande dessinée : analyse, scénario, dessin, découpage, etc. C’est sûr que le bac en bande dessinée n’est pas essentiel pour être auteur de BD (ça, je pense que tout le monde le sait)... Je crois que pour vraiment en retirer quelque chose, il faut vraiment s’y donner à fond, être curieux, expérimenter des choses et aller fouiller souvent à la bibliothèque. Selon moi, l’avantage de faire le bac c’est d’être entouré pendant trois ans de gens qui aiment la bande dessinée et qui en font, et surtout d’être en contact avec PLEIN de ressources utiles. La bibliothèque de l’UQO à vraiment beaucoup de stock intéressant et les profs du bac sont super passionnés  et disponibles. Il m’ont beaucoup aidée et encouragée (et il le font encore). Je les remercie !

 

 

Pourrais tu nous expliquer ta(tes) méthode(s) de travail ?

 

Holàlà ! Heu…Et bien j’ai deux méthodes de travail : une pour mon blog (mes carnets) et une pour mes « vraies » planches.

 

Pour mes carnets, je travaille dans un carnet de dessin à couverture rigide. Je crayonne directement, sans scénario et sans découpage. J’encre avec un petit crayon « cheap » (steadler pigmentliner) et je scanne le tout pour ensuite colorer avec photoshop. C’est d’ailleurs une méthode qui m’a causé bien des problèmes… Le papier de ces carnets à dessin et très poreux et toute la mine reste jammé dedans après l’effaçage. Ça fait des planches très sales au scan ! Ça allait pour internet, mais quand j’ai su que ça allait être publié, il a fallu que je m’applique beaucoup plus à nettoyer mes planches avec photoshop.

 

Pour mes « vraies » planches, je travaille d’une façon assez traditionnelle. Je commence par un scénario pas très détaillé, un petit paragraphe pour chaque scène. C’est au découpage que je fais le plus gros du travail : assez grand (pas des « thumbnails »), assez détaillé et c’est à ce moment que je décide des dialogues. Ensuite, je crayonne (12x17 po environ) sur du papier cheap d’imprimante. Je finis par encrer, à la table lumineuse, à la plume.

 

 

Le milieu de la bande dessinée est plus masculin que féminin, même si il y a d’excellentes choses créées par des femmes (on peut penser à Julie Doucet, Line Gamache, Claire Bretecher, pour ne citer que celles là). Pourquoi ?

 

Je ne crois pas que c’est spécifique à la bande dessinée… C’est encore le cas pour la plupart des milieux. Et bien….historiquement, la sphère publique, entre autre l’expression artistique, était réservée aux hommes. C’est de moins en moins le cas, bien sûr, mais selon moi, ça reste encore profondément encré dans la culture.

 

Personnellement, et spécifiquement à la bande dessinée, je ne vois pas ça comme un obstacle parce que je ne crois pas que les femmes soient mal reçues en bande dessinée. En plus, si vous demandez aux profs du BAC en bande dessinée, ils vont diront qu’il y a beaucoup, beaucoup de filles qui s’inscrivent.

 

 

Est-ce que la BD au féminin est différente ?

 

Hahaha ! C’est difficile à dire ! Personnellement, je ne crois pas. On m’a déjà dit que je faisais de la BD « de fille » (ce n’était pas nécessairement péjoratif), et ça m’a surprise. Si on considère que la BD « de fille » est plus personnelle, plus introvertie, etc., alors il a beaucoup de gars qui font de la BD « de fille » ! Pour ma part je n’essaie pas de faire quelque chose qui s’identifie aux stéréotypes féminins, mais plutôt quelque chose qui me ressemble. Mais j’aurais de la difficulté à définir ce qu’est la BD « de fille ».

 

 

Si j’en juge par les Chroniques du festival que tu as publié sur ton blogue, tu sembles surprise que le monde s’intéresse à ton travail. Étais-tu tellement inquiète de sa réception ?

 

Je n’étais pas inquiète, mais je ne m’attendais pas à avoir un tel succès avec « Justine ». Sur internet, j’ai des bons feedback par rapport à mon blog, mais dans des commentaires de blog c’est facile de dire « Ha oui, j’aime ça… C’est beau ce que tu fais ! ». Ça m’étonne toujours de me faire dire en personne par des pros qu’ils aiment ce que je fais et qu’ils vont voir mon blog… (Évidemment, ça me fait plaisir…et ça me gêne aussi !!) Mais comme tout le monde (je crois), j’ai toujours des doutes sur ce que je fais et j’ai toujours peur de ne pas avoir assez de recul. J’ai peur d’être satisfaite d’un travail qui dans le fond, est vraiment poche !

 

 

Tu n’es pas la seule a m’avoir parlé des doutes ressentis au sujet du travail effectué. Penses tu que le doute chez les bédéistes corresponde au trac chez les artistes de scène (à la fois une peur et une motivation) ?

 

Hum…J’en sais rien ! Mais je crois que c’est normal et sain de douter (un peu) de ce qu’on fait. Je crois que quelqu’un l’a déjà dit dans une entrevue précédente, mais douter un peu et se poser des questions sur ce qu’on a fait, c’est une façon d’avancer…

 

 

Pourrais tu nous parler de tes projets ?

 

Présentement, je dois plancher sur mon récit pour « Le Scribe », collectif des éditions Premières Lignes. Une histoire de 16 pages que j’ai scénarisé avec Evlyn M.

 

J’ai aussi mon projet en duo avec Pascal Girard, qui avance assez bien et qui est très amusant à faire ! Je cherchais mon âme sœur de bande dessinée depuis longtemps, et voilà, je crois que j’en ai trouvée une !

 

D’ailleurs, à ce sujet, je vais peut-être en trouver d’autres puisque j’ai eu plusieurs autres propositions de collaborations très intéressantes : Sabine Allaire (membre du trio « Nom d’un chien », une personne dont j’admire énormément le travail), David Turgeon et Corriveau.

 

J’aime beaucoup faire des collaborations, c’est très motivant. On peut se renvoyer la balle en tant qu’auteurs et on a moins de chance de perdre le rythme.

 

Sinon, j’aimerais beaucoup continuer mon projet « Justine »…développer un peu plus les personnages secondaires. Peut-être en faire un projet d’une centaine de pages…

 

J’ai aussi dans l’idée quelques autre projets : adaptation de roman québécois, bd jeunesse et bd pour tous petits….Mais il faut que je trouve le temps !

 

 

Quand tu travailles en collaboration, comment s’effectue la collaboration d’un point de vue pratique ?

 

Pour ce qui est de la bande dessinée avec Evlyn (pour « Le Scribe »), on a tout simplement scénarisé ensemble en brainstormant sur msn. Mais pour le reste, c’est moi qui s’occupe du dessin, découpage,etc.

 

Avec pascal, on a discuté très brièvement du scénario (encore sur msn, c’est moins cher que les interurbains !) pour avoir une idée générale de l’histoire. Ensuite, on alterne pour le découpage. On scanne et on s’envoie ça par e-mail. C’est à ce moment qu’on ajuste si on est pas d’accord sur les dialogues ou sur des compositions d’image. C’est pas trop compliqué : on s’entend bien et pascal est vraiment sympathique. C’est lui qui fait les crayonnés, qu’il m’envoie aussi par e-mail. Je les imprime et les encre à la table lumineuse. Ensuite, je fais la coloration sur photoshop. Je lui renvoie le tout fini et il me demande quelque fois des petits ajustements.

 

 

Tu as participé au collectif « terriens ». Penses tu que la BD puisse être un bon médium social ?

 

Oui, dans certains cas, mais je crois que ça doit être fait avec justesse. Selon moi, il faut quand même être capable d’en faire quelque chose d’intéressant à lire et que le côté « j’essaie-de-passer-un-message » ne prenne pas toute la place. Les personnages et l’histoire doivent être intéressants et le tout doit être assez subtil et bien intégré.

 

Faire de la bande dessinée, c’est s’exposer au public (exposer notre façon de penser, nos opinions, puisque ça représente notre façon de voir le monde) donc, sans le vouloir, on passe toujours un message. Mais peut-être que je me trompe…

 

D’ailleurs, en parlant de ça, le collectif Terriens m’a beaucoup impressionné par son contenu. C’était un exercice vraiment pas facile, puisqu’il fallait faire UNE page seulement (ou deux), sur un sujet très « totché », sans tomber dans le cliché, etc. etc. D’ailleurs, j’ai vraiment sué sur la planche que j’ai faite et je n’en suis pas très satisfaite…mais bon ça c’est une autre histoire. Mais il y avait vraiment des planches super qui ont été faites pour ce collectif !

 

 

Quelles sont les lectures que tu pourrais nous conseiller en attendant la sortie de ton livre ?

 

Ich….y’en a tellement ! Je vais essayer de faire ça court.

 

-Récemment je suis tombée en amour avec un auteur (ou plutôt avec ses livres): Jason. Je vous conseille « Attends… » publié chez Atrabile et aussi une de ses dernières : « Hemingway » aux éditions Carabas qui est une histoire qui se passe pendant les années folles et qui met en vedette Hemingway et ses amis, mais au lieu d’écrire des livres, ils dessinent des bandes dessinées ( !!!).

 

- J’ai eu pour Noël « American Elf » (chez Top Shelf Production) de James Kochalka une brique qui est constitué des carnets de l’auteurs (un strip par jour pendant 5 ans…et je crois qu’il continue !) L’auteur et chanteur dans un groupe et il se la joue un peu rockstar (d’ailleurs le groupe s’appelle « James Kochalka Superstar ») mais ça vaut vraiment la peine d’être lu.

 

- « Sunny moon tu es malade », « Le petit Christian » (tous deux chez l’Asso) et « Vitesse moderne » (Dupuis) parce que Blutch est un dieu du dessin et que ses histoires sont flyées.

 

- Je vous conseille aussi fortement d’aller visiter www.nomdunchien.com . Ils vont être publiés chez Mécanique Générale bientôt, et ce qu’ils font m’a toujours jetée à terre ! Je crois que dans ce qui ce fait au Québec, c’est ce que je préfère.

 

- Une qui fait partie de mon top 5 aussi : « Like a velvet glove cast in iron » (chez Fantagraphics) de Clowes qui est, selon moi, un incontournable.

 

Sinon, comme ça, garroché, vous ne pouvez pas passer à côté de Goossens, Lauzier, Thiriet, Rabagliati, Crumb & Pekar, etc. etc. etc.

 

 

Merci Iris d’avoir si gentiment accepté de nous répondre. Nous te souhaitons beaucoup de succès avec la sortie de ton album, et beaucoup de plaisir dans tes nombreux projets. Pour plus d’informations, le blogue d’Iris :  http://www.20six.fr/monsieurleblog2, et les éditions Mécanique Générale : http://www.pastis.org/mg/accueil.html

 

Merci à vous !

Publié dans Entrevues Bedeka

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