Les entrevues Bedeka: Zviane, Auteur

Publié le par Eric Lamiot

Publiée le 16-11-2006

 

 

 

 

Zviane est lauréate du premier concours québécois de bande dessinée, et va bientôt sortir son livre « Le point B ». Parallèlement, Mécanique Générale sortira aussi un « colosse » intitulé  « Quelque part entre 9 et 10h ». Toujours curieux d’en savoir plus sur les jeunes auteurs, Bedeka.org a voulu en savoir plus, et Zviane a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

 

 

BDK : Contrairement à ce que tu as indiqué sur ton blogue (19/02/2006), même en BD, on peut poser cette question : « Pourrais tu nous dire qui est Zviane » ?

 

Zviane : Ataboy…Mmm… Y’a une chose qui est sûre : je crois bien être quelqu’un de créatif. Je peux pas encore dire si je suis une auteure de BD, une compositrice, une enseignante, une graphiste ou une musicologue, mais en tout cas, je peux dire que je suis une crinquée. Ouais. Vraiment crinquée. J’ai l’air ben ben ben énarvée, mais dans le fond, j’pense que je suis pas mal zen.

 

 

BDK : Tu es lauréate du Premier concours québécois de bande dessinée. Pourrais tu nous parler de ce concours, et de ce qui t’a amenée à y participer ?

 

Zviane : Ah, ça, c’est de la faute de Eric Bouchard, de la Librairie Monet. On s’était vus à la première édition de BDMontréal (il y était au stand de la Librairie), et il nous parlait de ce concours-là. Pour ma part, j’aime pas mal les concours, je trouve que ça offre des super opportunités de se faire connaître et entendre/lire. J’avais déjà sous la main un récit presque complété et puis le concours tombait rudement bien sur mes échéances, alors je me suis dit : Pourquoi pas ! Alors ça a donné ce que ça a donné. Les membres du jury ont finalement opté pour mon récit (à l’unanimité, m’ont-ils dit) et je souhaite vraiment qu’une seconde édition du concours voie le jour. C’est une super opportunité pour les jeunes auteurs…

 

 

BDK : Qu’est-ce que « Le point B » ?

 

Zviane : C’est l’histoire d’un jeune compositeur frustré, Émile, qui doit écrire des pièces de piano pour une mystérieuse interprète, Blanche. À travers ses difficultés de compositions et ses remises en question, il cherche à se rapprocher de Blanche par le biais des pièces qu’il compose pour elle… Une des caractéristiques particulières de cette publication, c’est qu’on peut y lire des pages de musique à l’intérieur – qui sont les compositions du personnage principal.

Le projet a été conçu en 2003. En fait, nous sommes une petite gang à Longueuil à suivre un atelier de BD au centre culturel Jacques-Ferron (on publie le Cactus, à tous les ans au mois de mai), et puis on avait dans l’idée de se partir un petit fanzine en plusieurs tomes dans le but de nous forcer à écrire une histoire plus longue que ce qu’on avait l’habitude de faire (on était tout le temps limité à faire pas plus que 5-6 pages dans les collectifs qu’on publiait, sinon, les magazines ne fermaient pas !..). On a été six à tenter le coup, on avait appelé ça Deux semaines impécunieuses, pis c’était photocopié sur du papier cheap, broché, puis distribué à nos amis et à la librairie Fichtre, à Montréal. C’est pour ce fanzine que j’ai fait la plupart des pages, et c’était mon plus ambitieux projet de BD (c’était prévu être 55 pages à l’époque, mais finalement, ça donne à peu près 120 pages !!).

Mais là, PATACLOW ! Je venais de terminer ce que je croyais être mon dernier chapitre, puis y’a ce concours-là qui apparaît ! Une chance à saisir, que je me suis dit ! Apercevant la possibilité que ce soit publié en vrai livre, je me suis dit que quelques corrections s’imposaient… puis j’ai rajouté un chapitre au complet, qui faisait un meilleur lien et qui rajoutait beaucoup de substance au livre. Alors voilà, c’est ça Le point B, c’est le fruit de 3 ans de travail acharné, mais de pas mal de plaisir aussi, je dois avouer.

C’est aussi une petite histoire d’amour… Plusieurs m’ont dit avoir reconnu une familiarité avec Blankets, de Craig Thompson. Je ne peux pas leur donner raison, étant donné que j’ai écrit l’histoire du Point B bien avant que j’aie déniché ce merveilleux livre… Mais parallèlement à cette histoire d’amour, il y a aussi une réflexion sur le monde de la musique contemporaine, à l’espèce de néant idéologique dans lequel se trouve pas mal de compositeurs de ma génération. On n’est pas sortis du bois, quoi !...

 

 

BDK : Tu composes aussi de la musique. Quand tu fais de la BD ou que tu composes, est-ce qu’il s’agit de processus créatifs identiques ?

 

Zviane : Oui, je compose de la musique, mais en fait, je trouve les deux disciplines (composition et écriture de BD) pas mal rapprochées. Les deux sont des arts qui se déploient dans le temps, et grosso modo, on peut bâtir la forme d’une pièce musicale pas mal de la même façon qu’on fait un découpage pour une BD. On peut même utiliser le même vocabulaire ! Je montrais des planches des fois à mon copain, il m’en parlait en utilisant des termes musicaux, et on se comprenait très bien, c’était tout à fait ça. D’ailleurs, la musique est un thème récurrent dans mes récits… C’est sûr que les contraintes ne sont pas les mêmes; esthétiquement, on n’a pas à se soucier de la page qui tourne en musique. On travaille bien moins sur les transitions en bande dessinée qu’en musique (on ne peut pas se permettre d’ellipse comme en bande dessinée), mais les deux arts reposent beaucoup sur le rythme. D’un évènement à l’autre, d’une case à l’autre.

Par contre, un des gros gros gros avantages de la bande dessinée, c’est qu’on n’a pas besoin d’interprète. Dès qu’on termine quelque chose, c’est déjà prêt à être lu. C’est pas le cas de la composition (je parle ici de composition dite « classique », bien entendu). On peut construire un super chef-d’œuvre de la mort, mais si l’interprète (quand vous en dénichez un !) ne comprend pas ce que vous avez voulu dire, ou bien s’il fait juste pratiquer la pièce deux heures avant le concert, votre toune est foutue. C’est très fragile, tout ça. C’est moins direct – c’est d’ailleurs pourquoi je fais pas mal plus de bande dessinée que de musique : je peux rejoindre les gens directement, sans passer par une personne intermédiaire.

Quant au processus créatif, comme je l’ai dit plus haut, oui, ils se recroisent pas mal. Pour la compo, un plan de la forme au préalable, le découpage des sections, le climax et ensuite l’écriture des notes ; pour la bande dessinée, l’écriture du scénario, le découpage, le dessin. Par contre, j’ai vais pas mal plus linéairement en BD. En musique, je commence souvent par la fin ou par le climax – je suis pas mal moins spontanée en musique.

Mais écrire de la musique, c’est tellement dur !!.... Enfin, moi je trouve ça pas mal plus difficile, mais c’est peut-être juste moi, aussi !...

 

 

BDK : Bientôt un Colosse, « Quelque part entre 9 et 10h », et en dehors de ça, qui s’en vient vite, quels sont tes autres projets ?

 

Zviane : Bah, vous savez, j’ai plus ou moins de projet « sérieux ». Ils vont comme ils viennent. En fait, la plupart de ma production de bandes dessinées est destinée à mon blogue ; je le mets à jour relativement souvent, c’est souvent autobiographique, j’aime beaucoup faire ça. Peut-être qu’un jour vous verrez tout ça sur papier !... Sinon, je publie dans les fanzines Vestibulles et Cactus chaque année, je vais sortir une petite BD dans la collection cœur de loup et le colosse pour l’expozine, puis aussi bientôt je vais faire quelque chose dans Le trait noir (de Antoine Corriveau et Félix Laflamme)… J’aimerais bien voir Quelque part entre 9h et 10h en livre. J’aime beaucoup faire des histoires courtes pour des fanzines, mais j’avoue que le livre me tente. J’ai déjà en tête quelques projets à plus grande échelle pour des livres, mais ils sont en « stand-by »… Je commence ma maîtrise en musique en septembre 2007, j’aurai pas beaucoup le temps ! Ça demande pas mal m’investissement ! (pis ça, vous le savez tous, hein ?)

Mon plus grand fantasme de BD serait de concocter un traité de théorie musicale… Y’a tellement de gens qui aimerait en connaître sur la musique, mais les traités de théorie musicale sont tellement plates !!

 

 

BDK : Question technique, comment est-ce que tu travailles ?

 

Zviane : J’ai deux méthodes de travail qui sont totalement opposées ; je ne travaille pas de la même façon pour un récit publié que pour des petites BD pour mon blogue.

Pour une BD qui est faite pour une publication, je procède de façon assez cartésienne. Vous savez, je ne suis pas très à l’aise avec l’improvisation ! J’admire beaucoup les gens qui partent comme ça et qui dessinent sans exactement savoir vers où ils s’en vont. Pour ma part, je me fais beaucoup d’horaires et d’échéanciers – en fait, j’ai de la difficulté à bosser un projet quand je sais pas quand il sera terminé, ou à quel pourcentage du travail je suis rendue.

J’écris tout à l’avance, je laisse très peu de place à l’improvisation. J’écris les dialogues (quand il y en a), je les découpe en pages (en prenant soin de bien indiquer les tournes de page), ensuite je fais ma mise en scène avec des bonhommes allumettes et après reste plus qu’à dessiner sur plus grand format. Je dessine à mine très pâle, très rough, et ensuite j’encre avec des feutres Steadler de différentes grosseurs ; ça me donne à peu près une page par jour. C’est comme ça que j’ai procédé pour Le point B. Mais j’essaie aussi souvent des nouvelles techniques, notamment avec mon super brush Pentel. Je suis encore en train d’apprendre, quoi ! Ensuite je scanne et je corrige sur photoshop – mes originaux sont souvent pas mal éloignés des versions publiées. Donc, tout ça, c’est quand je m’applique…

Pour mon blogue, je m’applique pas pantoute. Je me pogne une page dans un petit carnet, je me fais un petit gauffrier de six cases à mine, j’esquisse le tout et j’encre tout de suite. Je rajoute des gris chaud et froid au feutre prismacolor après l’encrage, et ensuite je passe à la page suivante. Contrairement à mon autre méthode de travail, celle-là est pas mal botchée et pas mal plus improvisée ; mais je peux me le permettre, car je fais rarement plus de trois pages à la fois. Une page peut me prendre 15 à 30 minutes, c’est pas très long - et en plus, j’ai aucun deadline. Mais c’est vraiment une récréation, tout ça… Je ne suis pas quelqu’un de type perfectionniste, vraiment pas. Je pense bien que j’apprends bien plus en assumant mes erreurs. À force de trop revenir en arrière pour corriger des trucs, on ne fait plus rien d’autre ; donc, je ne corrige (presque) rien sur mon blogue.

(Seigneur, est-ce que je parle trop ??)

 

 

BDK : Qu’est-ce que tu as pensé du rendez-vous de la BD de Gatineau ?

 

Zviane : AAAAAAAH C’ÉTAIT TELLEMENT COOL ! Je vais m’en rappeler longtemps (du moins, des bouts que je me rappelle !... Hic !) Je suis en train de faire une chronique là-dessus sur mon blogue en plusieurs parties, vous irez faire un petit tour !

 

 

BDK : Qu’est-ce qui t’a donnée le goût de faire de la BD ?

 

Zviane : C’est mon frère. C’est un mordu de BD, il en achète plein, et c’est lui qui m’a fait découvrir plein de trucs. J’en lisais pas vraiment beaucoup quand j’étais plus petite. Tintin m’a toujours emmerdée, même si on les avait tous, j’avais un peu plus d’affinité avec Astérix mais bof… Si je faisais de la BD, c’était pour copier mon frère, dans le fond ! (à l’époque, il en faisait pas mal plus que moi). Aussi, j’ai déjà été une fana d’animation japonaise, ce qui m’a amenée à dessiner beaucoup, mais c’est pas vraiment ça qui m’a amenée à la bande dessinée. Je crois que j’ai eu la vraie piqûre quand j’ai découvert l’Association, vers la fin de mon secondaire, et ce courant de BD autobiographiques venu de l’Europe.

 

 

BDK : Tu fais une maîtrise, si je ne me trompe pas, pourrais tu nous en parler ?

 

Zviane : Ah ah ah !! Je me demande si ça va intéresser des gens de bédéka!! C’est tellement pointu... En tout cas, moi ça me passionne littéralement. Mon mémoire s’intitulera : Des constantes dans le discours harmonique de Jean-Sébastien Bach à travers les 48 préludes du clavier bien tempéré. Dans le fond, j’fais une analyse harmonique de tous les préludes (pas les fugues) des deux livres du clavier bien tempéré de J-S Bach, ensuite je trouve les constantes, ce qui revient souvent, puis enfin j’en fais une synthèse.

Ça a l’air tout simple et très niaiseux, mais c’est un travail MONSTRE ! Surtout quand on pense que ce gars-là est le pilier de tout le système tonal, qui se trouve à être le fondement de la musique occidentale ! Ça fait que j’ai décidé d’aller puiser à la source pour comprendre la musique d’aujourd’hui (et par extension pour me créer un langage harmonique dans le but d’écrire de la musique). En plus, je vais avoir la chance d’être dirigée par une des personnes les plus extraordinaires du monde (Luce Beaudet) ! Aaaah, mon dieu, j’ai donc hâte.

 

Si les analyses musicologiques vous intéressent, vous pouvez toujours aller faire un tour vers mes analyses des formes sonates chez Mozart :

http://www.zviane.com/f/musique/mozart/

 

 

BDK : Tu fais un blogue. Qu’est-ce que t’amène cet exercice ?

 

Zviane : J’adore ce médium. Pas de deadline, pas de stress, pas de censure (sauf l’auto-censure), pas de dessins à refaire, et puis, comble de la joie, on reçoit du feedback instantanément ! Qu’est-ce qu’on peut demander de plus ?

Les blogues-BD se sont multipliés sur le web depuis peu, et ma foi, c’est vraiment une bonne chose ! Moi-même j’ai commencé le mien parce que j’étais pâmée devant celui d’Iris et d’Evelyn. C’est vraiment une vacance, un blogue. On peut y mettre n’importe quoi. En fait, j’écrivais beaucoup sur mon site web depuis 1998, alors j’avais l’habitude des mises à jour régulières ; seulement, le texte s’est muté en BD. C’est beaucoup plus restrictif (car beaucoup plus long à produire), mais c’est pas mal plus satisfaisant. Et puis ça forge la discipline.

 

 

BDK : Pourrais tu nous parler de tes « coups de cœurs », tous domaines confondus ?

 

Zviane : Ma vie est une série de coup de cœurs – si je dois tous les relater (et tous domaines confondus en plus), dans dix pages j’aurai pas fini !!!... Alors je me contenterai des coups de cœur récents :

Côté BD, Iris, elle rocke. Faut que la terre entière (surtout ceux qui ont mon âge) aillent se procurer Dans mes rellignes . On le lit toute et puis après, on est triste parce que c’est déjà fini. C’est comme une drogue ! On s’en lasse jamais… Et puis je me reconnais beaucoup dans ses histoires. Sinon, Pascal Girard, il faut qu’il fasse le plus de livres possible. C’est un virtuose du non-dit et des silences, et moi qui parle (beaucoup) trop, j’en apprends pas mal en lisant ce qu’il fait. Son prochain livre, Nicolas, sort à peu près en même temps que le mien, ça ne peut qu’être bon. Quand j’ai appris que Pascal et Iris faisaient une collaboration, je suis presque tombée en bas de ma chaise ! Un duo de la mort !!

Côté musique, je suis allée revoir le Nouvel Ensemble Moderne hier soir, il y avait une pièce de Denis Gougeon. Denis Gougeon, c’est un de mes compositeurs contemporains préférés, vraiment, et cette oeuvre que j’ai entendue hier, En accordéon, c’était l’expression de ce que moi-même je me tue à essayer de faire. Tout est neuf, mais rien n’est extrême ; tout coule comme du Mozart, tout est bien articulé, mais le son n’a rien d’arriéré ; quand on entend ça, on se sent les deux pieds dans le XXIe siècle… wow… L’œuvre en question, c’est une pièce pour accordéon soliste et ensemble de chambre. Je ne sais pas si un jour ça existera en CD, mais bon, si jamais y’a des ensembles près de chez vous qui jouent du Denis Gougeon, ben allez voir ça, c’est toujours bon !!

Côté bouffe, j’ai redécouvert les cannes de soupes thaï au cari rouge. C’est fait avec du lait de coco et il y a des petits blés d’inde thaïlandais dedans ; c’est de la canne, mais c’est super bon !

 

BDK : Est-ce qu’il y a un sujet que nous n’avons pas abordé dont tu aimerais parler ?

 

Zviane : Eh bien je pourrais insérer une petite plogue auto-promotionnelle, tiens : venez donc au Salon du livre de Montréal et à l’expozine !! Je serai aux deux endroits, prête à vous accueillir les bras tendus ! Pis j’ai ben ben ben ben hâte.

 

Salon du livre de Montréal : du 16 au 20 novembre 2006, à la place Bonaventure (800, rue De la Gauchetière Ouest), je serai au stand Dimedia (160) avec mon livre Le point B, en dédicace vendredi le 17 novembre de 15h à 16h et samedi le 18 novembre de 16h à 17h.

 

Expozine : samedi le 25 novembre 2006, de 11h à 18h, au 5035, rue Saint-Dominique (Montréal), je serai à la table du Cactus et de la collection Cœur de loup avec mes petites publications, soit : Dans l’Estomac, Les constats de la vie que l’on constate, Quelque part entre 9h et 10h et peut-être mon dernier né, s’il est imprimé à temps, qui n’a pas encore de titre. J’aurai peut-être aussi quelques CD de ma musique à vendre…

 

Le lancement officiel du livre  Le point B se fera à la Librairie Monet (Galeries Normandie, 2752, de Salaberry, Montréal), au début du mois de décembre – la date reste à confirmer. Restez à l’écoute !

 

 

Merci Zviane de nous avoir accordé cette entrevue, nous te souhaitons bon courage pour ta maîtrise, et à bientôt avec « Le point B » et tes autres productions.

 

 

Le blogue de Zviane : http://zviane.com/prout/

Publié dans Entrevues Bedeka

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