Lettre ouverte à Glénat Québec

Publié le par Eric Lamiot

 

 

Objet : Décision de l’arrêt de la série Radisson

Madame, Monsieur,

 

C’est avec grande consternation que j’ai appris récemment votre décision d’arrêter la série Radisson, de Jean-Sébastien Bérubé, alors qu’il ne reste qu’un album à produire pour que cette série soit complète. Je me permets donc de vous écrire pour vous demander instamment de revoir cette décision.

Comme vous le savez, Glénat Québec a été accueilli comme éditeur avec enthousiasme par les auteurs du Québec ainsi que par le lectorat québécois. Nous espérions que cette structure éditoriale puisse être un tremplin pour le développement d’auteurs d’ici et la création d’un patrimoine de la bande dessinée actuelle, tant pour le lectorat d’aujourd’hui que pour les générations futures. Jusqu’à présent, vos décisions éditoriales semblaient correspondre à cette vision.

Malheureusement, il semble que la tendance bassement mercantile que l’on constate actuellement en Europe déteigne sur vous. C’est dommageable, non seulement pour le développement de la bande dessinée d’ici, mais aussi pour le rapport de confiance que vous étiez en train d’établir avec vos auteurs, mais aussi avec nous, vos lecteurs/amateurs/consommateurs de bandes dessinées.

Lorsque vous avez développé ce projet d’adaptation des carnets de Radisson en bande dessinée, vous saviez que le risque était présent que cette série ne trouve son public que dans les amateurs à la fois d’histoire du Québec et de récits biographiques des années de la colonisation. Pourtant, vous avez décidé d’aller de l’avant. Cette série montre à la fois une grande intelligence dans l’adaptation des carnets de Radisson, mais aussi une maturité graphique grandissante de l’auteur. Il est dommage qu’une décision mercantile prive le Québec de l’accès à ce patrimoine historique brillamment transposé.

Par ailleurs, nous espérions également que Glénat Québec ouvre la porte au soutien aux jeunes auteurs, ce que vous réalisez avec succès grâce à votre concours annuel. Mais cela ne suffit pas. Ouvrir la porte à une nouvelle génération d’auteurs demande un soutien sur le long terme, ce que des séries du type de Radisson peuvent proposer. La décision de l’arrêter en cours (et surtout si proche de la fin) va à l’encontre de cet objectif, et ne donnera pas le gout à ces jeunes auteurs de vous proposer des aventures sur le long terme, et de vous faire confiance pour les mener à bien.

Malheureusement, cette confiance perdue est aussi celle du lecteur, qui s’engage au fur et à mesure de la série à l’achat des albums et qui doit malheureusement rester pris avec une série incomplète. Comme les éditeurs européens l’expérimentent actuellement, ce type de décision ouvre la voie à un cercle vicieux. Les séries s’arrêtent, donc les lecteurs n’achètent pas de nouvelles séries tant que celles-ci ne sont pas complètes, ce qui désengage les éditeurs à compléter de nouvelles séries par manque de volume de ventes, ce qui pousse le lecteur à ne pas en acheter… Doit-on en arriver à ce point au Québec? Est-on obligé de reproduire les schémas perdants européens ici? Peut-on apprendre des erreurs des autres? Je l’espère.

De telles séries sont des œuvres qui forment un tout, et l’engagement tant de l’auteur que de l’éditeur devrait être poursuivi jusqu’au bout permettant ainsi que lecteur d’y accéder. On peut constater le succès de cette façon de faire en regardant l’intérêt éditorial et commercial actuel pour les « intégrales » des séries complètes des années 70 à nos jours.

Dernier point de mon argumentaire, le lecteur/amateur/consommateur que je suis à du mal à accepter de ne pas en avoir pour l’argent qu’il dépense, directement et indirectement. Quand j’achète une série, j’aime aller jusqu’au bout de mes achats, et je pense que tous ceux qui ont acheté les premiers albums de cette série souhaitent compléter leurs achats avec le reste de la série, vous assurant déjà une grande partie des ventes. Je ne pense pas que la parution du dernier tome de Radisson puisse mettre en péril Glénat Québec. De plus, en tant que contribuable, je paye des impôts qui font vivre la SODEC, dont vous bénéficiez par l’intermédiaire des subventions que vous recevez, je tiens à le rappeler. J’aimerais que ces contributions indirectes puissent servir à financer jusqu’à leurs termes des paris aussi audacieux et intelligents que la série Radisson.

C’est donc pour l’ensemble de ces raisons que je vous prie de reconsidérer votre décision d’arrêter la série Radisson, surtout en étant si proche de la fin.

Cordialement

 Éric Lamiot    

Couv Radisson 3

 

   

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