Entrevue: Jean-François Bergeron (Djief)

Publié le par Eric Lamiot

 

Avec la sortie du tome 6 du crépuscule des dieux, Djief (Jean-François Bergeron) termine en beauté ce cycle dédié à la mythologie nordique. Avec entre-temps des incursions au XVIII ème siècle (St-Germain) et dans le futur (White Crows). Retour sur quelques années bien occupées.

 

Le tome 6 du crépuscule des dieux est bouclé pour toi, ou presque, quel bilan peux tu faire de cette aventure?

Ce fut une aventure avec ses hauts et ses bas mais dans la globalité très enrichissante et stimulante. C'est réellement un projet dans lequel je me suis lancé à l'aveugle. Au départ, je ne savais pas grand chose du mythe que Nicolas voulait adapter, au mieux avais-je une vague idée des opéras de Wagner (sa tétralogie de l'Anneau reprend le même mythe fondateur) et je savais que cette mythologie avait inspiré Tolkien. Pour le reste, ce fut découverte après découverte à la lecture du script de Nico. J'avoue avoir eu du mal à un moment donné avec le ton du récit plus dramatique et sombre que mon dessin était capable d'appuyer. J'ai dû faire quelques pirouettes graphiques pour m'adapter et encore aujourd'hui je ne suis pas totalement satisfait de mon approche en dessin du « Crépuscule des Dieux ». Mais bon, je crois bien que c'est le lot de tout auteur BD de se remettre en question. Pour le reste, la relation de travail avec Nicolas Jarry et mon éditeur Jean-Luc Istin a pansé bien des plaies.

 

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J’ai entendu parler d’une suite, peux tu nous en dire plus?

Il est en effet question d'un second cycle, donc de continuer la série avec un tome 7 et cie. On ne sait pas encore de combien d'albums il sera composé, mais ce sera dans la mesure des 6 premiers tomes. L'histoire reprendra quelques années après la fin du tome 6, et encore cette information n'est peut-être pas exacte puisque pour le moment le script n'a pas été rédigé et que je me base sur les quelques notes envoyé par Nico. Bien des choses peuvent encore évoluer d'ici le début du tome 7. Une chose est certaine, nous ne seront plus lié directement à la légende de l'Anneau du Nibelung puisque cette suite sera de l'extrapolation pure et simple.

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Tu es maintenant également scénariste pour ton propre album, « White crows », quels sont les principaux défis de la scénarisation?

White Crows est un défi que je me suis lancé en 2010 quand je voyais arriver à grands pas la fin du cycle du « Crépuscule des Dieux » et que mon autre série « Saint-Germain » se retrouvait sur la glace (elle est toujours en pause depuis) Je devais avoir une série en parallèle pour ne pas m'encroûter dans un seul genre, un seul univers. Et comme j'avais développé un projet S-F avec Thierry Gloris qui n'avait pas été retenu, je suis parti avec cette envie de travailler une histoire dans cette direction. J'en ai fait un hommage au cinéma et aux BD qui ont nourri mon imaginaire d'ado en S-F. Le plus compliqué fut de rédiger une histoire sous forme d’un épisode autonome qui introduirait des personnages et un contexte tout en s'articulant sur plusieurs albums. Chaque tome successif devrait pouvoir se lire individuellement sans trop de problème (j'ai écris le second tome dans ce sens) De plus, les dialogues et la construction du récit ont été passés au peigne fin par mon ami et collègue Mikaël, qui travaille avec moi en atelier depuis. Avec ses commentaires constructifs et son expérience scénaristique, j'ai pu m'éviter quelques écueils de scénariste débutant.

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Les dessins de White crows sont plus « cartoon » que ceux du crépuscule, comment en es tu arrivé à ce choix?

Comme mentionné plus tôt, j'avais terminé un dossier de récit S-F qui n'avait pas décollé. Ce dernier était encore plus humoristique comme approche que « White Crows ». Sans faire aussi caricatural, j'ai conservé la même approche d'encrage au pinceau et d'application des couleurs franches sur les personnages. De plus, je voulais d'un récit plus léger que le « Crépuscule des Dieux ». Un style plus rond et souple était de mise.

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Les amateurs de science fiction des années 80 vont y trouver de nombreuses références, comment arriver à éviter les clichés du « space opéra » de cette époque?

On ne peut tout simplement pas si on a envie de retrouver la même saveur... C'est un peu comme vouloir dessiner un Western sans chevaux, sans désert et sans revolver. On tombe dans autre chose tout simplement. Je n'avais pas l'intention de réinventer le genre ni même de camoufler mes influences pour ce premier tome de « White Crows » Les tomes suivants seront peut-être moins convenus, je verrai avec le temps où tout cela mènera.   

 

Pour le moment, il est prévu 2 tomes de cette série, penses tu qu’elle va se prolonger?

Aux lecteurs de décider ! Ce n'est malheureusement qu'une question de calculs arithmétiques concernant les ventes et l'investissement de l'éditeur dans cette série...

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J’ai regretté la disparition de St-Germain, peux tu nous faire un post-mortem de cette série et de ce qu’elle t’a apportée en tant qu’auteur?

Saint-Germain était un vieux rêve. En 1989 à la suite du visionnement du film « Le baron de Münchhausen » de T. Gillian, j'ai voulu explorer l’extravagance du 18e siècle. Et tout à fait par hasard, je suis tombé au détour d'une page d'encyclopédie sur le comte de Saint-Germain. Sa description correspondait parfaitement au personnage haut en couleurs qu'il me fallait. J'avais trouvé le Münchhausen français ! À cette époque, je m'étais donc mis au scénario et finalement mis de côté après des refus d'éditeurs. Ce n'est qu'en 2005 que j'ai ressorti de mes cartons ce dossier et comme Thierry Gloris et moi cherchions un projet BD à travailler, je lui ai proposé ce concept. Avec tout son savoir-faire, Thierry a concocté toute une histoire autour du personnage, reprenant ici et là mes idées d'origines pour en tirer le récit que nous connaissons. Cependant, les lecteurs ont bien vu que ce récit ne se résumait pas en un diptyque et que de nombreuses questions restent sans réponse à la fin du tome 2. C'est le seul regret que j'ai par rapport à ce projet, de ne pas avoir fourni une histoire plus complète à mes lecteurs, même si théoriquement l'aventure introduite en tome 1 trouve son dénouement à la fin du 2... Mais comme il faut avancer dans la vie, je ne pleurnicherai pas plus longtemps sur ce dossier.      

 

Depuis quelques mois, tu ne travailles plus depuis chez toi mais tu partages un atelier « la Shop à bulles », avec deux autres auteurs. Peux tu nous dire comment cette aventure à démarrée?

Avec la rencontre de Mikaël, l'auteur des albums BD jeunesses « Les nuages », « La neige », « Félice et le flamboyant bleu » et plus récemment, scénariste du diptyque « Rapa Nui ». On a vite réalisé que l'on s'entendait bien et que l'on désirait tous deux progresser dans notre métier d'auteur. Mikaël travaillait lui aussi à la maison depuis quelques années et comme nous échangions régulièrement par courriels, nous avons convenu que se retrouver en atelier pourrait être plus pratique. Dans la foulée, j'avais repris contact avec Richard Vallerand, mon ancien directeur artistique du temps que j'étais designer de jeux vidéos. Il avait quitté le monde du jeu et voulait développer des histoires en BD. Il s’est joint à nous avec enthousiasme. La Shop à Bulles était née !

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En tant qu’auteur, est-ce que cette interaction avec d’autres personnes presque en direct est importante?

Le fait d'être au travail avec d'autres auteurs est ultra stimulant. Avant d'être auteur de BD j'ai toujours été un gars d'équipe, que ce soit pour l'animation 3D, le multimédia ou les jeux vidéos, j'ai toujours eu plaisir de travailler avec des gens et pour des gens. J'avoue qu'après 5 ans à la maison, même si je les ai appréciés pour avoir été présent auprès de mes enfants, je trouvais de plus en plus difficile de trouver une réelle motivation sur certains dossiers. L'intégration en atelier au coeur de Québec m'a redonné le souffle que je cherchais.

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Penses-tu qu’à terme, il y aura des albums conjoints entre les auteurs de cet atelier?

Tout dépend ce que l'on entend par albums conjoints puisque le but n'était pas de se réunir pour former une compagnie ou un collectif mais bien d'avoir un échange et un regard professionnel d'un compatriote pour éviter de tourner en rond. Depuis notre regroupement, Mikaël et Richard apportent une participation concrète à mon travail par leurs commentaires et leurs points de vues et vice versa. Ce n'est donc pas des albums conjoints a proprement parlé mais il y a un peu de chacun de nous dans les productions qui émergent du bouillon créatif de la shop!

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Quels sont tes projets en termes BD?

Je termine le tome 2 de « White Crows » et retomberai sur le second cycle du « Crépuscule des Dieux » à la fin de cette année. J'ai aussi envie de développer une histoire sur le monde des cabarets et des revues musicales à l'époque de la prohibition aux É-U. Mais ce dossier n'en est qu'aux premiers balbutiements, j'ai encore pas mal de recherches et d'écriture à effectuer avant même de dessiner une première page de cette histoire.

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Au niveau culturel en général, qu’est-ce qui t’a fait vibrer récemment?

Présentement, je dévore littéralement les séries télévisées américaines des réseaux HBO, SHOWTIME ou AMC. Des séries tels que « Mad Men », « Rome », « Game of Thrones », « Homeland », « Deadwood », « True Blood », « The Walking Dead »… Et même de la série britannique tel que « Downton Abbey » ou tout ce que diffuse « Masterpiece » sur le réseau PBS ! Je trouve que depuis quelques années il y a une panoplie d’excellents scénaristes du côté de la télévision et des moyens de production d’une qualité rarement vu. Ils réussissent là où le cinéma échoue généralement en développant de véritables personnages complexes et des intrigues originales et prenantes.

Je dois justement me procurer « Boardwalk Empire » pour les besoins scénaristiques  de mon futur projet. Je sais déjà que je vais me régaler !

 Merci beaucoup pour cette entrevue.

 

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Publié dans Entrevues

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