Les entrevues Bedeka: Vincent Rioux (Voro), Auteur
Entrevue publiée le 03-08-2006
Voro (Vincent Rioux), est l’auteur de « La mare au Diable » et de la série « tard dans la nuit » dont le troisième tome sortira bientôt sur les tablettes de toutes les bonnes librairies. A l’occasion de la fin de cette série, Bedeka.org lui a demandé de nous parler de son travail, de ses projets et de ses goûts.
Tu termines le troisième tome de « tard dans la nuit ». Pourrais-tu nous dire quand ça va sortir et nous en parler un peu ?
Le tome 3 est terminé, il devrait sortir en septembre pour l’Europe et un mois plus tard pour le Québec. Il se nommera « Les orphelins » et laissera une place beaucoup plus grande dans l’histoire à ces derniers. C’est la conclusion de l’histoire. Avec le premier tome, nous avons mis en place l’histoire et l’intrigue, dans le 2e nous avons répondu à toutes les questions de l’intrigue et maintenant, c’est le temps de résoudre les problèmes. Donc, un album plus dans l’action que les précédents… je me suis bien amusé à le faire, c’est mon petit préféré !
Comment se passe le travail avec le scénariste ?
En premier lieu, je rencontre mon ami Djian en France, habituellement lors d’un festival BD, et nous travaillons les scènes du livre à faire très sommairement, comme une grille. Ensuite, je retourne chez-moi et nous développons le scénario chacun de notre côté, en nous relançant à plusieurs reprises les scènes et les dialogues jusqu’à ce que nous soyons mutuellement satisfaits.
Les orphelins de Duplessis, c’est une partie de l’histoire du Québec. Avez vous eu besoin de beaucoup de documentation pour cette histoire ?
En premier lieu, Tard dans la nuit a été écrit dans un monde fantastique avec des enfants handicapés. C’est plus tard, à la suite d’une demande de notre éditeur, que nous avons adapté le scénario dans le contexte historique du Québec. Nous nous sommes inspirés des évènements et du climat politique des orphelins de Duplessis pour remplacer les enfants handicapés par des orphelins. Bien sûr, nous avons lu quelques livres sur la période Duplessis mais, comme je ne voulais pas rentrer dans l’histoire politique brute, je n’ai pas eu à faire de grandes recherches. Mes études se sont surtout portées sur les petits villages éloignés de l’époque, la façon dont on y vivait, la technologie, l’architecture, etc.
As-tu le droit d’intervenir dans le scénario, et Djian peut-il intervenir au niveau du dessin ?
Nous travaillons le scénario en symbiose, le travail d’équipe permet de se dépasser et je laisse la même possibilité à Djian pour juger mes dessins.
Djian est très sympathique et il me fait entièrement confiance pour le découpage du scénario. C’est une condition obligatoire pour que je puisse travailler avec un scénariste. Je suis un auteur complet et je fais de la BD parce que c’est le seul art qui permet de marier le dessin et l’écriture dans une liberté totale. Je ne serais pas prêt à laisser tomber l’un ou l’autre, sinon je bosserais dans le dessin animé, c’est plus payant.
Pourrais tu nous dire comment tu es arrivé à la bande dessinée ?
J’ai toujours été dans ce monde, à l’âge de quatre ans, je faisais des Lucky Luke partout. Je fais des planches de BD depuis le plus loin que je me rappelle et j’ai toujours dit que ce serait mon métier. Comment je suis devenu auteur professionnel ? Ça c’est une histoire beaucoup trop longue pour que je la raconte ici, mais disons que c’est avec bien du travail, de la discipline et énormément de persévérance que j’y suis arrivé.
Pour les amateurs du coté technique, pourrais-tu nous décrire ta méthode de travail ?
Je viens tout juste de faire une description de mon processus de création très détaillée pour le site http://www.bedeka.org/.
(A venir sur Bedeka.org incessamment)
Pour cette série, tu t’es basé sur ton village d’origine, Le Bic, si je ne me trompe pas. Es-tu un passionné de l’histoire locale ?
Non, pas en particulier, toutes les bonnes histoires me passionnent. Je suis surtout un passionné de mon village et de la nature !
Tu es crédité pour avoir ouvert tes « archives » pour « magasin général » de Loisel et Tripp. Comment s’est passé cette rencontre ?
C’est une histoire de famille ! La femme de Régis est la cousine de Djian. Lorsque Régis est arrivé au Québec, nous nous sommes rencontrés lors de ma première séance de dédicace (il était à ma droite pour dédicacer, tu imagines le stress !!!) et le lien est vite venu sur la table. Après quelques rencontres et quelques années, Régis savait que je bossais sur une histoire se déroulant au Québec, environ à la même époque que Magasin général. Il m’a demandé de la documentation pour son histoire. J’avais tout ce qu’il leur fallait sous la main et comme j’aime bien les barbus, je lui ai donné tout ça ! Comme quoi, on a toujours besoin des plus petits ha ! ha !
« La mare au diable », ainsi que « tard dans la nuit » se passent dans un milieu rural. Est-ce un choix ou un hasard ?
Un hasard choisi… Disons qu’on dessine ce que l’on connaît bien. Et j’aime mieux dessiner « le vieux » et la nature, que la ville bien droite avec ses grandes lignes et son béton. Mais dans mon prochain livre, je dessinerai Paris sur une dizaine de planches, histoire de changer de répertoire et de me donner de nouveaux défis !
Où trouves tu ton inspiration, à la fois pour le coté scénario et pour tes personnages ?
Les scénarios me descendent directement du ciel dans les moments où je suis le plus fatigué, souvent très tard dans la nuit … Et je me lève pour écrire comme un fou pendant plusieurs heures. Pour les dessins, j’observe tout ce qui m’entoure et je le transforme sur papier. Jamais aucun illustrateur ne sera aussi talentueux que mère nature, alors aussi bien copier le plus grand maître qui soit !
Dans tes choix de couleurs, on trouve peu de bleu, ce qui donne une atmosphère particulière au dessin. Pourrais-tu nous expliquer pourquoi ce choix ?
Je n’aime pas le bleu ! Je trouve que c’est une couleur trop froide qui enlève toutes les ambiances dans une illustration. Lorsque je dois absolument l’utiliser, je lui ajoute du jaune ou du rouge pour l’atténuer.
Lors des séances de dédicaces, tu prends le temps de parler à tes interlocuteurs, ce que j’ai personnellement beaucoup apprécié. De ton coté, qu’est-ce que tu tires de ces rencontres ?
Je pourrais facilement faire un dessin toutes les 5 minutes et me transformer en photocopieuse en délaissant tout le côté humain de la rencontre en dédicace. Ou prendre 20 minutes et me concentrer pour faire une superbe dédicace sans parler au lecteur. Mais je passe mes journées (mes années) à dessiner, seul et bien concentré, pour remplir le livre de beaux dessins. Alors je ne voix pas le but d’ajouter un 463e beau dessin au livre. Je préfère prendre 15 minutes pour parler avec le lecteur devant moi et échanger sur ses impressions.
Le troisième tome de Tard dans la nuit va clôturer la série. Quels vont être tes projets ultérieurs ?
J’ai beaucoup de projets en tête. Mon prochain livre sera sûrement ma dernière collaboration avec un scénariste, car je veux reprendre le côté scénario pour moi seul par la suite. Je vais donc réaliser une histoire avec Marc Bourgne (l’auteur de Frank Lincoln, Barbe Rouge…) qui portera sur la relation entre un jeune Français et sa demi-sœur, une Vietnamienne dans la France de 1963.
En attendant que ton album paraisse, pourrais-tu nous proposer quelques choix de lecture ?
Tout ce que Will Eisner à fait !!! :
- A Life Force
- Tho the heart of the storm
- The dreamer
- Life on another planet
- Etc…
(Beaucoup de ces livres sont traduit en français chez Delcourt et Soleil.)
Y a t’il une question que je n’ai pas posée à laquelle tu aimerais répondre ?
Ma réponse est « Oui, 8 heures par jour » ! À vous de trouver la question…
Merci beaucoup. C’est avec impatience que nous allons attendre l’arrivée de « Tard dans la nuit » tome 3.