Entrevues: Michele Laframboise

En Ontario, la version anglaise de Ruego est parue, ce qui lui fait un huitième album de BD. Comme la PLume japonaise, il s'agit d'un tirage limité et numéroté de 1 à 100. Son dernier roman, La quête de Chaaas, sera lancé cet automne. Son dernier album BD en français, "Séances de signatures", raconte avec beaucoup d'humour quelques rencontres d'une auteure de BD avec ses "fans" lors de dédicaces. Michèle Laframboise, écrivain et bédéiste a bien voulu se prêter au jeu de l'entrevue.
EL : Votre dernière BD “Séances de signatures” vient de sortir chez Fichtre (collection Tchiize). Est-ce que ça se passe toujours aussi mal lors des dédicaces ?
ML : Oui… Mais c’est tellement drôle ! La plupart des gags sont vraiment arrivés, ou très proches. Le système d’alarme déréglé du salon de l’Outaouais, plusieurs s’en souviennent encore ! On pensait que c’était un attentat…
Depuis que j’écris aussi des romans, mon public s’accroît. Les gags couvraient au début seulement mes séances comme auteure de BD, avec les tables rectangulaire (remarque pour les amateurs) , puis très vite, les salons du livre (avec les petites tables rondes) ont été le théâtre de gags inspirés de réels commentaires avec les fans.
EL : Comment s’est passé la collaboration avec le festival Fantasia pour « la plume japonaise » ?
ML. Ca faisait un an et demi que je travaillais sur la Plume Japonaise et j’achevais l’album. J’ai pris contact par internet, puis par téléphone avec directeur du Festival, qui a trouvé mon projet trippant. J’ai donc pu m’installer avec mes albums à l’entrée du cinéma et les amateurs ont répondu.
EL : Vous écrivez aussi des romans jeunesse de science-fiction (« les nuages de Phoenix » et « Les voyages du Jules Vernes » en 4 volumes, Médiapaul), quelles sont les différences entre écriture et BD ?
ML. L’écriture d’un roman est plus rapide que dessiner la même chose en album, avec tous les décors compliqués (règles de perspectives, grrrr !) et grandioses dans lesquels évoluent mes personnages. En gros, un dessin vaut mille mots, oui mai… il y a mille détails à dessiner!
Aussi, il faut penser que les roman demande 5 à 6 heures au lecteur, tandis que la BD elle, se parcourt en 30 minutes, peut-être quarante-cinq pour les plus verbeuses.
Dans un roman on peut passer plus de temps à décrire les états intérieurs du personnage plongé dans une situation ou une épreuve inattendue, dans une BD, il faut davantage montrer ces états à travers le langage du corps (et les dialogues, bulles de pensée).
EL : Est-ce qu’on verra un jour l’univers de l’alliance en bande dessinée ?
ML. Le jour où un éditeur va accepteur de publier les voyages du Jules-Verne en BD couleurs… J’ai déjà écrit les synopsis de 6 albums de format européen. Malheureusement, l’édition classique que je vise est pratiquement hors de portée d’un nouveau venu, même bourré de talents. J’ai eu des refus. Je reprendrai bientôt le cycle des soumissions. La combinaison de hasard, talent, contact, pistonnage a réussi pour certains mais je n’espère pas le même miracle, mon style étant très classique. Les éditeurs veulent du très personnel, du style «pété». Le problème, c’est que même si j’ai déjà fait du style pété, mon cœur reste avec les BD de mon enfance.
EL : Comment êtes vous arrivée à la bande dessinée ?
ML Par le plaisir de dessiner d’abord. Puis, j’ai voulu raconter des histoires à mon goût, et la palette d’albums à l’époque (surtout des histoires de gars avec des stéréotypes) ne laissait pas beaucoup de personnages auxquels je pouvais m’identifier.
EL : Quelles sont vos influences ?
ML. Les Astérix, que mon père me lisait avant que je sache lire. Les Dani Futuro pour le style de Gimenez (que j’ai imité). Je garde précieusement : les Broussaille pour le ton poétique, les Thorgal pour l’aventure, les BD de Caroline Merola pour la poésie (La maison truquée). La série Aldebaran de Léo, Kookabura du dessinateur Crisse (une série SF caricaturale qu’il a laissée en plan). Les montagnes inaccessibles que je veux escalader : Hermann, J-C Fournier et Franquin pour le coup de crayon.
EL : Est-ce que votre formation d’ingénieur a une influence quelconque sur vos livres et bandes dessinées ?
ML. J’aime les sciences depuis toujours, même si après l’École polytechnique je n’ai pas pu travailler dans mon domaine. Je me sers de ma formation en dessin technique pour la conception pour mes décors, et j’ai moins peur des règles de perspectives que d’autres. Un événement qui m’a motivée à reprendre la BD, c’est le triste massacre du 6 décembre 1989 (j’étais à l’École ce jour-là) et ça a plus changé ma vie que le 11 septembre 2001, en faisant réaliser à quel point les acquis de notre civilisation sont fragiles. J’ai dessiné les aventures de cocasses de deux copines à Poly, qui est devenue la série Technologie Salvatrice !
EL : Il y a actuellement un beau foisonnement au niveau de la bande dessinée au Québec, qu’est-ce que vous en pensez ?
ML. Y est à peu près temps !
Ce que j’apprécie, c’est qu’on a cessé cet esprit de chapelle «Hors de l’underground, point de salut!» qui a longtemps été le motto de la BD québécoise. L’état d’esprit avait beaucoup nui à la diffusion de mon travail, jugé justement trop classique.
Je me suis déjà fait dire que je ne faisais pas de la «vraie» BD…. Cette année je fête mes 30 ans de BD (en partant de mon exposition au Festival de BD de l’université de Montréal en 1976) : après 7 albums et trois longues séries de BD, je suis toujours une auteure de la relève… Yé!
EL : Pouvez vous nous décrire votre méthode de travail ?
ML. Du temps du Polyscope, je travaillais en une nuit pour faire ma page de BD. Ceci a bien changé, même si mes collaborations à MensuHell ont aussi parfois été réalisées « sur la go ». Donc : deux ou trois lignes pour le gag, quelques croquis, deux ou trois découpages, début de propre. Si le propre ne me plait pas, je recommence la page. Si,si !
Je suis devenue très rapide à partir du moment où Salvador Dallaire s’est fait mon scénariste pour Ruego. Au lieu d’agoniser looooonguement sur mes propres histoires (Pianissimo a pris beaucoup de temps), je fonce à partir de ses découpages. Ca m’a permis de me concentrer sur des trucs que j’aimais.
Ma méthode ne ressemble en rien à celle des professionnels, sauf que je m’en rapproche. Ces temps-ci, je fais plein d’études d’animaux, que j’avais rarement dessinés avant ,et vraiment cela m’aide beaucoup. Je dessine assez vite.
EL : Quels sont vos derniers «coups de cœurs» ?
ML. Iris, Dans mes rellignes, pour les histoires autobiographiques, même principe que Rabagliati.
Simon Nian, par Rodier et Corteggiani, parce que j’aimais bien la série Gil Jourdan de Tillieux, et par que le personnage principal est un avocat à lunettes avec un air vietnamien (Rodier m’a précisé que c’était un copain breton à Corteggiani qui a inspiré le personnage), un amour des jeux de mots, et que non, il ne résout pas toujours le problème à coups de poings, mais en raisonnant.
Je lis en ce moment Le moral des troupes, de Jimmy Beaulieu, tranquillement.
Ailleurs :
Castle Waiting de Linda Medley, génial !
Strangers in Paradise, par Terry Moore, la série en est à ses derniers numéros.
EL: Merci beaucoup d'avoir répondu à ces questions.
Pour plus d'info, le site internet de Michele Laframboise
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