Entrevues FBDFQ 2008: Louis Rémillard
Si vous aviez à vous présenter et présenter votre travail à quelqu'un qui ne
vous connaît pas, que feriez-vous et que lui diriez-vous?
Une image vaut mille mots. Donc, la première chose que je fais, c'est de présenter l'ensemble de mes titres disponibles (j'en ai douze à mon actif). Ainsi, on peut voir directement mon travail. Étant donné qu'une bonne partie de mes ventes se font directement de personne à personne (j'ai toujours des exemplaires de mes albums dans ma voiture), je peux argumenter ou discuter sur les points qui suscitent le plus d'intérêt de la part de mon futur lecteur ou lectrice.
Pouvez-vous nous parler de l'actualité concernant Louis Rémillard?
J'ai toujours plein de projets qui mijotent sur la table à dessin. Mon album intitulé Voyage en zone d'exploitation, dont j'ai terminé la réalisation en 2004, vient d'être publié chez les éditions Les 400 coups/zone convective. C'est un récit sans histoire, sans parole où s'entremêlent art, nature et expérimentation. J'ai fait en 2007 Le dry putride qui révèle l'existence d'un étrange personnage issu du canot d'eau vive. Activité sportive, un tantinet extrême dont je suis un friand amateur. Récemment, j'ai finalisé le tome deux de Spécimens qui est une compilation de bandes dessinées qui présente une galerie de personnages tordus et de situations absurdes. Actuellement je travaille sur un projet d'envergure qui sera assez différent de mon travail bédéistique habituel. Ce projet est encore embryonnaire et je préfère ne pas vendre la mèche pour le moment. Le temps venu, je me ferai un plaisir d'en discuter davantage.
Ça fait longtemps que vous ¦uvrez dans la bande dessinée québécoise, comment
percevez-vous son évolution?
Lorsque j'ai commencé à publier mes BD, au début des années 70, tout était à construire et les jeunes de mon âge étaient déterminés à le faire. Sans se connaître, des groupuscules publiaient leurs revues ou fanzines chacun de son côté aux quatre coins de la province. Nos livres d'histoire nous enseignent que cette époque héroïque s'appelle le printemps de la BD québécoise. Depuis, les générations de bédéistes se sont succédé, développant ainsi la qualité des BD, le lectorat et par la force des choses, le marché. Aujourd'hui, je trouve que la bande dessinée québécoise est sur une bonne lancée. De bons auteurs, de bonnes BD et quelques bons éditeurs. De plus en plus d'auteurs Québécois se font publier par des éditeurs européens, chose impensable à mes débuts. Il reste tout de même encore à faire pour atteindre un large public. Si les journaux à grand tirage publiaient davantage de strips d'auteurs québécois, au lieu des éternelles séries américaine, cela favoriserait grandement la bande dessinée d'ici.
Que devient le général Tidéchet?
Le général Tidéchet s'est fait discret depuis quelques années. La dernière histoire que Denis Rémillard (scénario) et moi (dessin) avons fait’ s'intitule Branle bas de combat à Cocapabanana et a été publié, par tranches d'épisodes à suivre, dans le fanzine Mensuhell. À court terme, on n'envisage pas de faire de nouvelles BD du général, mais, on ne sait jamais. Denis et moi collaborons toujours pour faire des BD et illustrations à caractère politique pour la revue de gauche À Bâbord. Étant donné que je ne suis pas seul dans la création du général Tidéchet, je laisse le soin à Denis de compléter ma réponse sur ce sujet délicat.
Tidéchet grenouille toujours pénard dans son Nomansland oublié par l'actualité. Mais tout continue comme avant. La dictature de cet infâme personnage persiste. Dans ce temps de zizanie politique, il en profite pour jouer avec son réseau d'influences et asseoir encore plus de pouvoir et d’avoir entre ses mains. Mais, il sait qu’il peut à tout moment, revenir au devant des micros et des caméras. Car, il faut le dire, ce n’est pas parce que l’on en parle pas que son infamie a cessé de se raffiner, de se pervertir. Il ne faudrait pas que deux auteurs pervertis de vérité risquent encore leurs vies pour remettre à jour ce pernicieux personnage. Mais, il faut attendre le moment propice. Il faut aussi comprendre que compromettre un personnage de la taille de Tidéchet, nous jette illico dans la mire de ses services secrets. Il va de soit que le secret est de rigueur. Maintenant, après quelques chirurgies plastiques et de multiples voyages à l'étranger sous diverses personnalités et passeports de diverses nationalités, nous avons peut-être brouillé les pistes. Qui sait ? Éventuellement, les deux détracteurs que nous sommes de ces dictatures tentaculaires que représente le Nomansland et son dictateur à vie le Général Tidéchet pourraient surprendre encore en sévissant par un autre album dénonciateur sur son régime à tout le moins excessif. Tous les grands dirigeants politiques veulent imiter son régime. Bush, Poutine, Sarkozy, Kadhafi et les autres empruntent à Tidéchet. Ils raffinent le truc. Et le truc s'étend et la plèbe applaudit. Quand on y pense, ça fait met des services secrets aux fesses tout ça. Alors ne soyez pas surpris si on a une gueule différente dans l'éventualité de la parution d'un autre album.
Quels sont les commentaires les plus surprenants que vous ayez reçus de
votre travail?
L'absence de commentaires. Le mutisme est pire que n'importe quel commentaire, bon ou mauvais. Cela dit, c'est la diversité de ceux ci qui étonnent toujours. L'un peut trouver qu'une BD est tout à fait géniale et que c'est la meilleure que j'ai jamais faite de ma vie et l'autre la trouver tout à fait nulle. C'est toujours surprenant et amusant de voir la pluralité des réactions face à ton travail. Ce qui est rassurant, c'est qu'il y en a pour tous les goûts et que chacun y trouve son intérêt. Pour ma part, je prends toujours le même soin à confectionner l'une ou l'autre de mes BD.
http://www.bdquebec.qc.ca/auteurs/remillard/remilard.htm
http://www.fbdfq.com/?rub=8&id_artiste=111




